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Historique de la Brasserie Coopérative

Louis Pasteur découvre la pasteurisation dans la future Brasserie Pélican

En 1863, Louis Boucquey de Caesteker fonde une brasserie à Lille dans le quartier Vauban. Il s’honore d’y accueillir Louis Pasteur qui peut ainsi expérimenter ses travaux aux origines de la " pasteurisation ". Jusqu’à la Première Guerre mondiale, l’usine fabrique de la bière de fermentation haute et la production varie entre 10 et 20 000 hectolitres par an.

Au sortir du conflit, Louis Boucquey, le petit-fils du fondateur, aurait pu comme d’autres brasseurs dont les usines avaient été, comme la sienne, endommagées et réquisitionnées - utilisation du cuivre pour l’effort de guerre oblige -, baisser la garde. Il choisit de s’associer avec deux autres brasseurs, Armand Deflandre et Raoul Bonduel, pour relancer la fabrication, toujours à Lille. Elle se fera sous le mode de la fermentation basse qui représente à l’époque 80 % du marché de la bière.

Contrairement à la coutume de donner son patronyme à la société, les trois associés optent pour Pélican, le nom d’une danse,
" la danse du Pélican ", fox trot alors très à la mode. Le nom est prononçable dans toutes les langues et le symbole du Pélican suffit pour se faire comprendre. 

La brasserie du Pélican vient de naître en 1921.

Le succès est rapide. En 12 ans la production décuple, passant de 10 000 hectolitres en 1921 à 100 000 hectolitres en 1933, dont 60 000  en bouteille de 33 cl et le reste en fût.




















Le Pélican arrive à Mons-en-Barœul en 1963

De 1963 à 1966 la brasserie Pélican investit le site de l'ancienne Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul, S. A. fondée en 1903 et dirigée par MM. Hoffman et Waymel. La salle de brassage actuelle date de 1928. 

La brasserie du Pélican devient Pelforth en 1972, puis Heineken en 1990

En 1972 la brasserie est rebaptisée, prenant le nom de la bière Pelforth, lancée en 1937. 
En 1986 la brasserie Pelforth est rattachée au groupe international Française de Brasserie, née de la fusion de Heineken France et d'Union de Brasseries. Jusqu'en 1987 le siège social est situé rue Delphin-Petit à Lille. Dans les années 1990 la Française de Brasserie devient Brasseries Heineken. La brasserie produit encore la Pelforth blonde et brune, la Georges Killian's, la Pélican, la Heineken, la "33" Export, l'Amstel, la Buckler, la brune Porter 39 et une bière de mars.
En 1995 la brasserie employait entre 450 et 550 personnes.


De la Brasserie Coopérative de Mons à Heineken

A Mons-en-Barœul subsiste depuis un siècle une des plus importantes brasseries de France. Tour à tour la Brasserie Coopérative, elle deviendra Brasserie Pélican puis Pelforth avant de rejoindre le groupe Heineken.

La Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul a vu le jour le 31 décembre 1903. Il s'agit en fait d'une fausse coopérative car la famille Waymel y détenait la majorité du capital.




Ci-contre les Waymel au volant de leur voiture en 1906. © Collection personnelle Jacques Desbarbieux




Louise Waymel a écrite plusieurs cartes postales, dites cartes photos (voir le site consacré aux cartes postales de Mons-en-Barœul), qu'elle fabriquait elle-même. Parmi celles-ci, cette vue de la Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul, la carte est datée de 1905. La brasserie de Mons était devenue très rapidement une des plus importantes brasseries de l’arrondissement de Lille.


La seule vue connue de l'entrée de Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul créée le 31 décembre 1903 par la famille Waymel © Collection personnelle

Au début du siècle, la chope ne titrait pas plus de 2°5 d’alcool. Au contraire des Allemands qui buvaient, par litre il est vrai, des bières légères, les Français, sans doute par habitude du vin, se montraient amateurs de boissons plus corsées.

En 1937, Jean Deflandre, le fils d'Armand, pilote la fabrication d’une nouvelle bière. Il parvient à assembler trois (et non deux comme il est souvent indiqué) malts d'orge en les combinant avec une souche de levure qu'il a rapporté de son séjour dans la Brasserie anglaise Kingston Upon Thames. Il crée une nouvelle bière brune titrant 6° d'alcool, en fermentation basse, alors que la plupart des bières de l'époque sont blondes.


La Pelforth 43 visait à concurrencer la Porter 39
Cette bière prend le nom de Pelforth 43 : Pel vient de Pélican ; forte, elle l’est par son degré d’alcool ; le th veut faire british et 43 (en référence au régiment lillois) apporte un numéro comme pour la Porter 39. Le nombre 43 correspond également à la quantité d'orge nécessaire à la fabrication d'un hectolitre de Pelforth, alors qu'il en fallait 39 pour la Porter.



La Pelforth 43 est lancée à l'occasion de l'Exposition Internationale de 1937, son succès est immédiat dans toute la région. Avec cette nouvelle bière s'ouvre une nouvelle ère avec les bières dites de spécialité.




En 1939, Jean Deflandre succède à son père à la tête du Pélican et c’est la guerre et ses difficultés d’approvisionnement.
Toutes sortes d’ingrédients seront alors mêlés au jus de houblon : betteraves, pommes de terre, blé et caroubes (fruits méditerranéens à la pulpe sucrée). Certains refusent d’adapter les règlements aux nécessités de l’époque. C’est le cas du directeur de la Brasserie de Mons qui verra sa production chuter notablement. Le différend qui l’oppose à Mme Waymel, propriétaire de l’usine monsoise, entraînera le départ du directeur qui reprendra la brasserie des Trois Moulins à Fives. Pendant la guerre, la société Pélican loue deux hectares de terrain à Saint-André pour en faire des jardins ouvriers. Afin d’éviter le vol des précieuses patates et autres légumes, deux hommes surveillaient les lieux, jour et nuit, dans une cabane attenante.

Vers 1954, M. Deflandre rachète 30 % des actions. Progressivement Pélican reprend l’entreprise monsoise et possède 95% du capital vers 1970. La Bière de Mons sera encore vendue sous cette marque jusqu’en 1975.

L’usine travaille 350 jours par an, nuit et dimanche compris. L’eau nécessaire à la fabrication est pompée sur place, par forage, directement dans la nappe phréatique, à 80 ou 100 mètres de profondeur. Il en faut beaucoup ! Pour 1 litre de bière en 1935, on utilisait 20 litres d’eau. L’instauration d’un impôt sur l’eau va rendre les brasseurs plus économes…et l’on en arrive à 5 litres d’eau pour 1litre de bière.

Le conditionnement et les transports, eux aussi, évoluent. Dès 1920, on se sert des bouteilles à bouchon mécanique. La « couronne » venue d’Amérique apparaît vers 1925. Les lourds fûts de chêne, pour les cafés, contiennent 100 litres et leur entretien est assuré par des tonneliers dans l’usine. L’acheminement se fait, soit sur des charrettes tirées par des chevaux (au moins 50 chevaux dans l’écurie du Pélican jusqu’aux années soixante-dix), soit en camions de 5 tonnes à partir de 1930. Il fallait deux livreurs bien costauds – on les appelait cartons – pour manœuvrer un tonneau de 110 kg.

M. Deflandre n’a pas développé l’histoire des conflits sociaux qui agitèrent, à l’occasion, son entreprise. Il évoque l’essor de la production du Pélican : 200 000 hl en 1950 contre 100 000 avant la guerre A son arrivée, la Brasserie de Mons ne commercialisait que 80 000 hl. C’était pourtant une grande usine, seule à l’époque, avec l’imprimerie Goossens, sur les lieux de l’actuelle Zone industrielle. A deux cents mètres, la pièce d’eau entourant le château Scrive faisait la joie des ouvriers qui allaient y pêcher.

En 1962, M. Deflandre obtient le passage de l’autoroute à la Peau de vache. Le projet initial prévoyait la traversée de la brasserie ! A propos des négociations avec Heineken, vers 1985, il rappelle que le patron hollandais s’était fait kidnapper peu avant. Détenu pendant deux mois, Freddy Heineken avait payé une lourde rançon. Il est arrivé à Mons, avec ses gardes du corps, dans un cortège de sept Mercédès blindées. L’insécurité ne date pas de maintenant. Aujourd’hui, à côté de quelques géants brassicoles, renaissent de petites brasseries artisanales, une centaine en France, selon M. Deflandre. Elles produisent des bières moins normalisées, mais toutes à déguster avec modération, bien sûr, comme les autres boissons alcoolisées !


Ci-dessous l'entrée de la Brasserie Pélican de Mons-en-Barœul, rue du Général de Gaulle, avec la maison du gardien qui possédait un calvaire.


En couleur la même vue en 2008, l'entrée de la Brasserie ne se fait plus par la rue du Général de Gaulle. Le calvaire a disparu et la maison est celle du gardien de la cartonnerie Goosens. La photo de droite montre cette entrée à l'époque de la Brasserie Coopérative, avec l'enseigne au dessus.

Entretien avec Jean Deflandre


Cet entretien est la transcription d'un film, d'une durée de 45 minutes, réalisé au domicile de Jean Deflandre, par Jacques Desbarbieux, le 24 janvier 2002.

Jean Deflandre était né le 23 juin 1912 à Braine le Comte en Belgique. Arrivé en France en 1920, il y restera jusqu'à son décès survenu le 26 décembre 2002, quelques mois après cet enregistrement.

A partir de ce document vidéo un article a été écrit qui est paru dans la page Témoignage vivant de la revue municipale Mons et Vous n° 2 d'avril 2002.


Question : Vous aviez repris la brasserie en 1939 ?

Jean Deflandre : Non ! En 1939, il y a eu la guerre et la Brasserie de Mons était la brasserie la plus importante de l’arrondissement de Lille avec la Grande Brasserie Moderne de Roubaix. Il y avait aussi Motte Cordonnier. C’étaient les trois grandes brasseries du Nord. Ensuite, il y avait les Débitants réunis, à Roubaix. Il y avait également le Coq Hardi, à Saint-Maurice, rue de la Louvière, la Grande Brasserie Excelsior, boulevard d’Alsace, à Lille et, les Brasseries du Pélican qui, comparée à celles-là était plus petite. Elle était boulevard de la Lorraine. 



Jean Deflandre lors de l'entretien filmé chez lui le 24 janvier 2002. Cliché © Jacques Desbarbieux.

Monsieur et Madame Waymel étaient les propriétaires de la Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul. C’était une fausse coopérative et qui est devenue société anonyme, à part entière, en 1939. Je les connaissais un peu comme collègue, bien qu’à ce moment-là, j’étais tout jeune dans la profession. Ils étaient en haut et moi j’étais en bas. Je suis rentré à la brasserie en 1935, alors, en 1939, cela ne faisait pas si longtemps.


Monsieur et Madame Louis Waymel dans leur voiture Renault © Collection personnelle Jacques Desbarbieux

Q : Vous êtes issus d’une famille de brasseurs depuis plusieurs générations ?

JD : Oui, j’étais la cinquième génération, mais vous savez, le métier de brasseur, dans le Nord était très répandu. Il y existait plus de 2 000 brasseries, avant 14. Chaque village avait son brasseur. Dans une petite ville comme Bailleul il y en avait quatre pour 10 000 habitants. A Lille, je ne sais pas combien il y en avait exactement. Il y avait la Brasserie de Fives, la Brasserie des trois Moulins. C’était Monsieur Hoffman qui l’avait reprise. C’était l’ancien directeur de la Brasserie de Mons. Il s’était s’était fâché avec Madame Waymel, la propriétaire, qui l’avait licencié. (Note n° 1).
Il y avait une brasserie, boulevard Victor Hugo qui s’appelait la Brasserie Delahaye… une autre à Wazemmes, la Brasserie Salembier, la Brasserie Masse-Meurisse, la Brasserie Emile Vandamme, Joseph Vandamme également. Il y avait plein de brasseries partout.


Nous avons pris contact avec la Brasserie de Mons aux alentours de 1954. On avait énormément augmenté la production avec la Pelforth. C’est une bière dense. On était limité par la salle de brassage. On brassait 350 jours par an, soit sur 365 jours, seulement 2 × 8 jours d’arrêt pour l’entretien et la réparation. Tout cela tournait jour et nuit, dimanche compris. C’est ainsi que l’on s’est rapproché de Monsieur Wattine (qui avait succédé à Madame Waymel) qui avait une brasserie importante (la Brasserie de Mons) mais qui ne fabriquait plus que 80 000 hecto à la place de 250 000. On lui a acheté des hecto. À  partir de 100 000 on lui a demandé d’être intéressé dans la brasserie.

Q : Pourquoi la production était-elle descendue dans cette usine ?

JD : C’est sans doute à cause de cette dispute, pendant la guerre entre Monsieur Hoffman et Madame Waymel. Monsieur Hoffman était quelqu’un qui respectait strictement le règlement. Si pendant la guerre, vous n’aviez mangé qu’avec votre carte d’alimentation, vous seriez morts de faim. Pour les entreprises, c’était pareil : il fallait se débrouiller ! J’ai eu la chance de pouvoir rentrer à Lille en 40. J’ai acheté toutes les matières premières que je pouvais. On a été largement pourvu pendant trois ans ! On a fait des hecto, des hecto, des hecto… Et après on s’est débrouillé ! On a même fait de la bière avec la pomme de terre ! Quand on a été libéré on a essayé de faire de la bière avec des caroubes. Les betteraves sucrières, on les a employées aussi. On utilisait n’importe quoi. On allait chercher du blé chez les cultivateurs. C’est comme cela que, après la guerre, on faisait 200 000 hecto au lieu de 100 000. On était devenu la plus grande brasserie du Nord. En 1954, Madame Waymel étant décédée on s’est mis d’accord avec Monsieur Wattine, un de ses neveux, qui avaient repris la direction générale. En 1954 on a acheté 30 % et en 1960, 30 autres %. Ensuite on a acheté beaucoup d’action des petits porteurs. Quand je suis parti, on possédait au moins 95 % du capital. En 70, 72, elle nous appartenait.


Jean Deflandre, qui avait consigné ses notes dans un cahier,  n'en avait pas vraiment besoin tant sa vivacité d'esprit était exceptionnelle lors de cet entretien, comme on peut le découvrir dans le film réalisé, par l'auteur de ce site, à cette occasion. Cliché © Jacques Desbarbieux.

Q : Quand la brasserie s’est-elle appelée Pelforth ?

JD : Elle s’est appelée Pelforth parce que c’était la marque de notre bière ! C’était la bière de la Brasserie du Pélican. On avait une autre brasserie, à Dunkerque, la Brasserie Carlier… à Coudekerque-Branche exactement. Elle faisait environ 80 000 hectos. Seulement deux associés « du Pélican », faisaient partie du capital (Bonduel et Deflandre). L’autre associé (Boucquey) ne faisait pas parti de cette société de Coudekerque. On cherchait à faire une société anonyme et la Fiduciaire de France nous a conseillé de changer de nom et comme Pelforth était devenu très connu en France, on a décidé de s’appeler Pelforth.

Q : Vous nous parliez tout à l’heure de la chanson sur le pélican qui était un fox-trot …

JD : Oui ! (Il chante). Un pélican, pélican, pélican… Je ne sais pas si j’ai encore la cassette ? Je vais vous donner l’adresse du président de l’amicale des anciens. Il habite, pas loin d’ici, à Villeneuve-d’Ascq et je sais qu’il a la chanson. 


La partition du fox trot " La Danse du Pélican " de Clapson

La Brasserie de Mons a continué à faire des bières de Mons, légèrement et tout doucement, jusqu’en 1975. Puis, c’est devenu Pélican ou Pelforth. Pélican c’était la bière la plus courante tandis que Pelforth, c’était la bière forte.  L’intérêt pour nous, c’était n’avoir qu’une seule grande brasserie et le terrain de Mons s’y prêtait. Il y avait 2 ou 3 ha de jardins. J’ai appris qu’une zone industrielle allait se faire. Et c’est comme cela qu’on est venu là ! Il y avait seulement l’imprimerie Goossens qui était installée là.

Q : Comment faisiez-vous pour vous approvisionner en eau ?

JD : On faisait des forages. On a fait un deuxième forage et je crois qu’ils en ont fait deux autres par la suite. Pour faire 1 litre de bière, il faut, au minimum, 5 litres d’eau. Quand j’ai commencé mon métier, en 1935, on en consommait au moins 20 litres. À cette époque-là on gaspillait l’eau. Il y en avait à gogo ! Par exemple, pour les machines à froid, qui fonctionnent avec de l’ammoniaque que l’on comprime, il faut les refroidir. Il y avait des tuyauteries avec de l’eau fraîche qui partait à l’égout. Après, quand on a mis un impôt sur l’eau et les forages et on a fait très attention.

Q : Actuellement, la brasserie utilise toujours de l’eau du forage, ce n’est pas l’eau du réseau ?

JD : Non, je ne crois pas. La, à Mons, ce n’est pas tellement profond. On trouve l’eau entre 80 et 100 mètres. La nappe phréatique est là ! Au bout de Mons, il y avait un château qui s’appelait le château Scrive. Le château était entouré d’eau et il y avait un pont-levis. Il y avait une ferme, dans le coin qui existait encore, il y a 40 ans. Il y avait une grange qui a brûlé. On y stockait des journaux qui venaient de la ville de Marcq-en-Barœul. Un beau jour, un clochard est venu dormir là et tout a brûlé. C’était à 200 m de la brasserie. Et Scrive habitait là. Le château a été démoli mais les douves sont restées très longtemps. J’y ai fait mettre des poissons. Le week-end, les ouvriers et les employés venaient y pêcher. Cela a duré environ trois ou quatre ans. C’était à peu près à l’endroit où se trouve maintenant la Voix du Nord.

Q : Votre famille venait de Belgique ?

JD : Braine le Conte ! Vous connaissez Braine le Conte ? C’est à 30 km de Bruxelles, au sud. C’est Wallon ! Si j’étais flamand je m’appellerais Van Vlanderen !


Ce Pélican en céramique était dans le bureau de Jean Deflandre. Il avait été offert par ses employés au moment de sa retraite. Cliché © Jacques Desbarbieux


Jean Deflandre en 1962

Q : Parlez-nous des glacières d’Indochine.

JD : Ce sont eux qui nous ont racheté en 1980. Cela s’appelait : « Glacières Internationales » mais, avant c’était les « Brasseries et Glacières d’Indochine » (Voir note n° 2). Quand l’Indochine a été indépendante, ils ont touché des dommages de guerre de la part de l’État français… vers 1979. C’est ainsi qu’ils avaient l’argent pour nous racheter. Cette société faisait elle-même partie de la Compagnie du Midi. 

Ensuite, ça été repris par Axa, les assurances. Lui, il n’avait pas besoin des brasseries : il a tout liquidé ! C’est comme cela que Heineken a acheté en 1985 ou 1987. Ensuite, Monsieur Heineken est mort. Une fois, il est venu visiter la brasserie avec trois Mercedes 600 pour transporter tous ses gardes du corps. Il avait été kidnappé pendant près de deux mois ! Hein ! (Voir note n° 3).

Il observe les photos du livre " Du village à la ville " : Ah oui, ça c’est la Brasserie ! 




Les salles de brassage existent encore …. Le Palais de la bière, place de Béthune. Il y avait une sortie rue de l’hôpital militaire. Au-dessus, il y avait une grande salle de banquets.

Q : Il y avait combien de chevaux au maximum ?

JD : Il y en avait au moins 50. On avait une grosse cavalerie. Il fallait aller avec des chevaux à Roubaix, à Tourcoing. Avant 14 - 18, il n’y avait pas de camions. Après guerre, les camions, faisaient 5 tonnes ! Il y avait des camions électriques. Pour les conduire il fallait être presque à deux pour tirer sur le volant ! C’étaient des pneus pleins ! Pour être livreur, il fallait être costaud. On appelait cela un « carton ». C’était le nom du livreur de bière. Le plus gros fût qu’on livrait dans les bistrots, c’était 110 litres. C’est ce qu’on appelait 1 hecto. Avant la guerre, on tirait avec une pompe. Après-guerre, il y avait des bouteilles et le gaz carbonique qui permettaient de tirer avec la pression. On a été les premiers, à Lille, à mettre la bière en bouteille, en 1920. Les bouteilles étaient fabriquées à Arques. Il y avait une autre fabrique de bouteilles à Fourmies et une autre à Manières. Elles avaient des bouchons métalliques avec une tête en porcelaine et une rondelle de caoutchouc. Il fallait changer les rondelles. Avant la guerre, la bière n’était pas pasteurisée. La bière d’un litre se conservait un mois, maximum ! La chope courante faisait 2° et demi d’alcool. C’est ce qu’on servait,  à Lille, dans les bistrots. Il ne faut pas oublier qu’une chope ça faisait à cette époque-là ½ litre … avant la guerre 14. Après la guerre, elle faisait en général 33 cl. Les Français veulent de la bière forte parce qu’ils ont l’habitude de boire du vin. La bière ordinaire en Angleterre ça s’appelle « Bitter » la bière amère. Elle n’est pas forte. Mais la bière irlandaise la Guinness, cela s’appelle du « Stout », c’est une bière forte, comme la bière écossaise. C’est pour ça que l’on a fait la Pelforth. J’avais été, six mois, dans une brasserie anglaise, Dans cette brasserie, on faisait une bière courante qui s’appelait la « Bitter » et on faisait une « Strong Ale » c’est-à-dire une bière forte. « Ale » cela veut dire bière. Il y a la « Pale Ale » et la « Strong Ale ». J’ai trouvé que ce n’était pas désagréable à boire. 

J’ai demandé aux associés de mon père si je pouvais faire un brassin. On a fait un tout petit brassin qu’on a mis en bouteille et cela a eu du succès. Ce qui fait qu’on a décidé de l’appeler Pelforth : PElican ; FORT ; et pour faire anglais on a mis un H. Comme à ce moment-là il y avait la Porter 39, je ne sais pas si vous vous en rappelez, cela voulait dire 39 kg d’orge à l’hecto. Je me suis dit, à Lille, il y a le 43e et allez ! On l’a appelée Pelforth 43 : 43 kg d’orge. Après la guerre, on a supprimé le 43. J’avais une très belle collection d’étiquettes de cette époque-là. Malheureusement je l’ai prêtée à quelqu’un qui ne l’a plus retrouvée. Après la guerre, j’ai acheté une machine pour les petites bouteilles. On pourrait faire 24 000 bouteilles / h. Et il y avait moins de monde que sur une machine de 3 000 litres. On avait déjà des « décaisseuses » des « encaisseuses » des « étiqueteuses ». Il fallait juste des surveillants. Maintenant, on fait de 80 000 à 100 000 bouteilles heures. C’est pire qu’une mitrailleuse !

À un moment ils voulaient faire l’autoroute au milieu de l’usine. Elle aurait coupé la brasserie en deux ! Je connaissais très bien le préfet, Monsieur Dumont, j’étais alors le consul du Danemark, et je lui ai dit : « Ce n’est pas possible ! On fait une zone industrielle et on va mettre l’autoroute au milieu ? Cela va être dangereux ! » Alors il a regardé avec les directions de l’équipement et puis cela a bougé !


Jean Deflandre le 4 juin 1957, qui était consul du Danemark, sur la terrasse de l'hôtel Bellevue à Klampenborg, au nord de Copenhague (Danemark). © Document Christophe Rohart

Note n° 1 : Les familles Waymel et Hoffman

On découvre dans les actes de la paroisse de Mons-en-Barœul, le 5 novembre 1930, le baptême de Brigitte Louise Marie Julienne Hoffman avec comme marraine Madame Paul Waymel.

Note 2 : Brasseries et Glacières d'Indochine



Voir un complément ici sur les Brasseries et Glacières d'Indochine

A la fin du XIXe siècle, un Sergent-Chef de l'armée Française démobilisé, Victor Larue, s'est lancé dans la fabrication de la bière à Saïgon en s'associant avec un brasseur de Hanoï, un certain Hommel, pour fonder les Brasseries et Glacières d'Indochine (B.G.I.).
Après la mort de son fondateur, la maison Denis frères, les quatre frères bordelais installés à Saïgon depuis 1862 reprendront l'affaire. Plus de 4 000 personnes travailleront pour les BGI jusqu'en 1975.



Les Brasseries et Glacières d'Indochine exploitaient les « Bières Larue » et la fameuse bière « 33 Export » au 187 boulevard Armand Rousseau et au 7 quai Choquan (Usine) à Saïgon.






Note n° 3 : Le kidnapping de Freddy Heineken

Hollywood a filmé l'histoire de l'enlèvement du roi de la bière néerlandais, Freddy Heineken, et de son chauffeur. En 1983, les deux hommes ont été pris en otage pendant trois semaines et ont été relâchés après le versement d'une rançon d'environ 15 millions d'euros par la famille Heineken.


En 1987, le célèbre journaliste d'investigation néerlandais Peter R. de Vries a écrit un livre sur cet enlèvement, basé sur les entretiens qu'il a menés avec deux des ravisseurs. Ces hommes ont reçu des généreuses royalties provenant de la vente du livre.
Le film relatant cet événement est sorti en 2012.


Né le 4 novembre 1923 à Amsterdam, Freddy Heineken est décédé en 2002. Il avait réussi à transformer l'entreprise familiale fondée par son grand-père en 1864 en un des géants mondiaux de la bière. Entré au service du brasseur en 1942, Freddy Heineken a longtemps exercé au sein du département publicité du groupe avant de devenir P.-D.G. de Heineken de 1971 à 1989.

En novembre 1983, son enlèvement défraie la chronique. Devenu l'un des hommes les plus riches et les plus en vue des Pays-Bas, Alfred Heineken est kidnappé avec son chauffeur Ab Doderer. Retenu prisonnier dans une usine désaffectée sur les docks d'Amsterdam, il restera, pendant trois semaines, enchaîné à un mur avant d'être libéré contre une rançon de 35 millions de florins.


Les kidnappeurs Cor van Hout, Willem Holleeder, Janv. Boelaard et Frans Meijer ont été attrapés. Les trois premiers ont été emprisonnés aux Pays Bas. Seul Meijer s'était réfugié au Paraguay pendant des années, avant d'être découvert puis emprisonné dans ce pays. 

Interrogé plus tard sur ce traumatisme, Freddy Heineken répondit en souriant que sa mauvaise mémoire lui a finalement servi dans la vie. Ce qui ne l'empêchera pas de réduire considérablement ses apparitions publiques et de ne donner pratiquement plus d'interviews.

De la famille Waymel à Heineken



Un article d'Alain Cadet paru dans les éditions de Villeneuve d'Ascq et Marcq-en-Barœul de la Voix du Nord le mardi 3 décembre 2024, d'après une carte postale photo de la collection de Jacques Desbarbieux ©.

Avant-Après : De la « Brasserie Coopérative 

de Mons-en-Barœul » à « Heineken »  



L’entrée secondaire des brasseries Heineken de la rue du Général-de-Gaulle. Elle se situe au niveau du parc des cuves de fermentation. Photo © Alain Cadet.



Cette photographie a été expédiée le 31 mai 1905, sous la forme de photo-carte. C’était un usage assez courant à l’époque. Ce qui est plus original, c’est qu’elle est l’œuvre – suivant ses propres dires – de Louise Waymel, la propriétaire de la Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul. Collection Jacques Desbarbieux ©.    

 

Il n’en existe, à ce jour, qu’un seul exemplaire connu. L’artiste a voulu saisir l’entrée monumentale de sa très jeune entreprise. Cette dernière avait déposé ses statuts le 31 décembre 1903 chez un notaire de Ronchin. La Brasserie a choisi cette forme sociale coopérative pour des raisons fiscales. Mais, elle n’est coopérative que de nom.


Aujourd’hui, difficile de s’y repérer. Aucun des éléments présents sur la photo du début des années 1900 ne subsiste. 

 

Qualité et rigueur


En réalité, Louise et Louis Waymel dirigent l’entreprise sans partage. Les époux Waymel n’ont pas lésiné sur la qualité de leur bâtiment administratif. À cette époque, sièges et usines sont des images de l’entreprise que l’on aime reproduire dans les publicités. Le logo « Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul » est celui que l’on va retrouver sur les charrettes ou camions, les bouteilles et fûts, les débits de boissons et estaminets qui avaient choisi la bière de Mons. Ce logo va perdurer et accompagner le succès des bières de la brasserie monsoise jusqu’en 1939 où la guerre mettra un coup d’arrêt à son activité florissante.


Aujourd’hui, difficile de s’y repérer. Aucun des éléments présents sur la photo du début des années 1900 ne subsiste. L’endroit, au fil des ans, s’est très profondément transformé. Les bâtiments administratifs et leur grille ont disparu. La nouvelle entrée, si on se réfère à des éléments anciens visibles sur des photos aériennes, devrait se trouver en lieu et place du bâtiment de droite de la vieille photo. Il s’agit désormais d’un accès secondaire.

 

Gros investissements

 

L’entrée principale se situe de l’autre côté du site, avenue du Houblon. Cela ne s’invente pas. Cette ouverture, côté rue De-Gaulle, sert surtout à accéder au parc des cuves de fermentation. Elles sont très nombreuses. À celles d’origine se sont adjointes, dans les années 1980, celles du site Mutzig, dans le Bas-Rhin. Certaines, très anciennes, ont été remplacées. De nouveaux tanks de grande capacité sont venus compléter le parc : les derniers ont une capacité de 5 400 hectolitres. En 2022, on a installé la 68ème cuve à la brasserie Heineken-Mons. Ce parc fait de la brasserie de Mons-en-Barœul une des plus grandes d’Europe. A. C. (CLP)


Une seconde carte retrouvée


Cette carte photo n’est plus un exemplaire unique puisqu’une seconde a été dénichée, elle a été postée le lendemain.


En voir davantage sur le site des cartes postales de Mons-en-Barœul

 

Voici le texte de la première datée du 31 mai 1905 adressée à Mademoiselle Marcelle Waymel au 8 Boulevard Saint Vincent à Orléans dans le Loiret :

« Mons-en-Barœul, le 31 mai 1905. Ma chère petite Marcelle. Je me fais un véritable plaisir de t'envoyer cette carte de ma fabrication. Nous sommes très heureux à la pensée de vous voir bientôt et t'envoyons, mon oncle Paul et moi, pour toi et tes chers parents, nos plus affectueux baisers. L. W. ».

 

Le texte de la seconde envoyée le 1er juin 1905 à Mademoiselle E. Mersmann, rue du Bazinghien à Loos-lez-Lille est beaucoup plus court avec simplement « Affectueuses pensées ».


Le couple Waymel avait des prénoms très proches Louise et Louis, il est donc difficile de savoir avec les seules initiales qui est l’auteur des cartes postales.


 

Des origines à la plus grande brasserie de France

La plus grande brasserie française, sise actuellement sur le territoire de la commune de Mons-en-Barœul, dans le Nord, est l'aboutissement d'un long cheminement.

Pour comprendre il faut tracer trois histoires de familles de brasseurs en parrallèle :
- Celle des Boucquey
- Celle des Waymel
- Celle des Heineken

La famille Boucquey

La famille Waymel

La famille Heineken


La famille Waymel



On retrouve de nombreux Waymel installés comme brasseurs dans la région du Nord. 

La Brasserie Coopérative Louis Waymel de Mons-en-Barœul

L'entrée de la Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul, fondée en 1903 par Louis Waymel, rue du Faubourg de Roubaix


C'est Louis Waymel qui fonda en 1903 la Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul. Située rue du Faubourg de Roubaix, cette brasserie put se développer grâce à l'existence d'une importante nappe phréatique dans le sous sol argileux, et une situation intéressante dans les environs immédiats de Lille. La photographie ci-dessus est la plus ancienne que nous connaissions de cette brasserie avec l'inscription Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul sur la grille de la façade. Collection personnelle  © Jacques Desbarbieux.

Louis Waymel au volant de sa voiture en 1906
Nous avons également retrouvé une photographie du couple Waymel au volant de leur voiture en 1906. Il s'agit d'un véhicule de la marque Renault. Nous savons que Louis Waymel était un passionné de voiture, on retrouve même un document  qui atteste, en sa qualité de brasseur à Mons-en-Barœul, de son adhésion à l'Automobile Club du Nord. C'est lors d'une réunion le jeudi 6 février 1908 au siège social du comité directeur à Roubaix sous la présidence du trésorier Henri Boulangé qu'il fut admis en compagnie de quatre autres membres qui étaient Ed. Allenet, ingénieur des Mines à Lille, G. Counbe habitant villa Mirthfull à Lambersart, Mais Yerley à Armentières et Ed. Vopel, ingénieur à Louvroil. Collection personnelle © Jacques Desbarbieux.


On retrouve d'autres Waymel à la tête de brasseries et malteries.


La brasserie malterie Waymel à Orchies 

Elle était au située 28 rue Jules Ferry. Elle a été convertie en dépôt de boissons en 1940 lorsqu'elle cesse de fonctionner, elle avait été créée dans la seconde moitié du XIXe siècle.
Actuellement désaffectée, elle produisit dans ses heures de gloire, en 1927, jusqu'à 4 000 hectolitres.

La malterie brasserie Waymel à Orchies
La brasserie Paul Waymel à Rumegies

Paul Waymel fonda en 1906 la brasserie qui porte son nom à Rumegies. Située maintenant au 125 rue Angèle Lecat, elle cessa de fonctionner lors de la seconde guerre mondiale en 1940. Elle connut un pic de fabrication en 1927 avec une production de 8 000 hectolitres. Il s'agissait d'une bière de fermentation haute qui était mise en bouteilles.

La brasserie Waymel à Rumegies (59226)