De la Brasserie Coopérative de Mons à Heineken

Heineken, 2ème brasseur mondial, 1er en Europe, qui possède 115 brasseries dans le monde, est installé sur la zone industrielle de la Pilaterie dans la rue du houblon, bien nommée, à Mons-en-Barœul près de Lille. Ce sont 132 références de bière qui sortent de cette usine gigantesque qui s'étale sur 24 hectares avec une capacité de production de 3,5 millions d'hectolitres par an. Cette brasserie est la suite d'une longue tradition locale car il y avait plusieurs brasseries à Mons. Il reste cette seule brasserie qui était au départ la Brasserie de Léon Delattre fondée en 1881, puis poursuivie par la famille Waymel devenue Brasserie Coopérative de Mons-en-Barœul le 31 décembre 1903, puis la Brasserie Pélican productrice des bières Pelforth. En 1972 la brasserie est rebaptisée, prenant le nom de la bière Pelforth, lancée en 1937. La Brasserie Pelforth fusionne avec de nombreuses brasseries dont la Brasserie Carlier de Coudekerque-Branche (près de Dunkerque) et devient Pelforth SA. Vers 1980, les Brasseries et Glacières d'Indochine (devenues Brasseries et Glacières Internationales) par l'intermédiaire de leur filiale Union de Brasserie prennent la majorité du capital, puis par la suite s'associe avec Heineken France pour former la Société Générale de Brasseries (SOGEBRA) qui deviendra en 1986 la Française de Brasserie (FRABRA). Jusqu'en 1987 le siège social est situé rue Delphin-Petit à Lille. En 1993 la Française de Brasserie (FRABRA) devient Brasseries Heineken avec 3 sites de production à Marseille, Schiltigheim et Mons-en-Barœul.

Les véhicules électriques de la brasserie


Ce véhicule n° 33 de la Brasserie de Mons-en-Barœul, est un camion électrique fabriqué spécialement par la société Sovel (Société de Véhicules Electriques). Entre les deux roues on découvre l'un des deux coffrages qui contient les batteries, avec sur celui-ci le logo de l'entreprise Sovel et l'inscription Electrique. Ces camions n'étaient pas silencieux, comme on pourrait le supposer avec les voitures électriques actuelles. L'auteur de ce site se souvient parfaitement du bruit, qui résonne encore dans ses oreilles d'enfant, fait par les deux grosses chaînes qui entraînaient les roues arrières.

Photo ci-dessus : L'emplacement d'un des deux coffres contenant les batteries, avec les inscriptions Sovel et Electrique. Sur certain modèle un ampéremètre était visible. 
Photo ci-dessous : Le coffre ouvert montrant le rack supportant les batteries facilement accessible pour l'entretien ou l'ajout d'électrolyte.
 

Fondée en 1925 à Saint-Etienne,  la Sovel  souhaitait répondre au besoin qui se faisait déjà sentir d'un système moderne de collecte et d'élimination des ordure ménagères, tout en bénéficiant de l'électricité produite par les usines d'incinération, parallèlement à la vapeur pour le chauffage urbain. Elle acquiert rapidement une grande maîtrise dans la fabrication de bennes à ordures tasseuses.




La Sovel a ensuite déménagée dans la banlieue lyonnaise à Villeurbanne (69), suite à son développement. La société s'installe près de Berliet, qui produisait déjà de petits corbillards électriques, Spécialiste de la fabrication de véhicules électriques urbains de livraison qui connaît un vif succès avant et pendant la seconde guerre mondiale, jusqu'à l'aube des années 60. 

Depuis 1939, le principal actionnaire était la Compagnie Générale d'Electricité (CGE), Sovel fut ensuite cédée en 1969 à la SEMAT suite aux événements de 1968 puis rétrocédée en 1974 à un groupe comprenant entre autres Renault, Saviem, EDF et CEM. Elle est dissoute en 1977, alors à Ivry.




Elle s'était spécialisée dans la fabrication de camions et de fourgons de livraison pour les grandes administrations : Postes, SNCF, Aéroport de Paris, ou pour les entreprises comme les Chocolats Poulain, les Entrepôts frigorifiques, la société laitière Maggi, les glacières de Nice, la Société l'Air Liquide, la Maïserie Collet, les papiers Job et de nombreuses brasseries.

Dans la région du Nord, la société Sovel a fabriqué des camions électriques pour l'entreprise de transport ELRT (Electrique Lille Roubaix Tourcoing), la Brasserie Pélican de Lille (photos ci-dessous) et la Brasserie de Mons-en-Barœul.






Les véhicules électriques SOVEL des brasseries


A part la brasserie Pélican et la brasserie de Mons-en-Barœul, nous avons découvert l'utilisation de ces véhicules électriques par d'autres entreprises du même type. En effet ce genre de véhicules correspondait bien aux besoins des brasseurs, après l'abandon de la traction animale.

La propulsion électrique se heurte à plusieurs inconvénients dont le poids des batteries, c'est pour cette raison que son développement se fera dans le domaine du poids lourd, où ce désavantage est insignifiant, plutôt que dans celui du véhicule individuel

L'autonomie et la vitesse ne sont nullement un frein à l'utilisation de ce type d'énergie, car les parcours de livraison sont limités avec des arrêts fréquents.

Les camions Sovel utilisent deux types de batteries de traction : la batterie au plomb et la batterie au fer-nickel. Ces batteries sont disposées de part et d'autre du camion, en dessous de la plateforme, sur des racks qui permettent leur extraction grâce à des manivelles. Ceci permet de contrôler facilement et régulièrement l'état, d'effectuer la mise à niveau de l'electrolyte, voire le remplacement des accumulateurs.
Une mannette en dessous du volant, pilote un contrôleur situé sous le siège du conducteur, en modifiant l'intensité du courant.



Cet usage semble très logique, à la fois par les incitations, mais aussi par la réponse très pratique. Ces camions effectuaient, en effet, de courtes rotations, avec des arrêts fréquents et le cycle de recharge des batteries pouvait être effectué aisément la nuit.
La vitesse ne dépassait pas les 15 km/h, avec une autonomie de 30 km.
L'arrivée du diesel, nettement plus souple et économique, mettra un terme à cette époque. 



Ci-dessus quatre camions électriques Sovel des bières Monaco.



Les bières Paillette étaient fabriquées au Havre. Sur la photo ci-dessus, on voit nettement la marque Sovel au dessus de la plaque d'immatriculation avant. Il s'agit d'un des tout premier modèle de cette société, avec les 3 phares à l'avant.


Ce camion Sovel électrique, modèle EC de 1931, à l'enseigne de la bière Prieur était un des tous premiers modèles avec des pneus à bandage plein. L'immatriculation 4023-NV1 permet de voir sa transformation ci-dessous.


Les Brasseries Hatt, installées à Strasbourg et Kronenbourg, qui commercialisaient la bière Tigre-Bock restèrent longtemps fidèles aux camions électriques Sovel comme en témoigne ces deux photos.
Ci-dessus un camion récent avec des pneus à chambre à air, loué à la Salve et ci-dessous deux véhicules avec des pneus à bandages pleins beaucoup plus anciens, type EC, dont l'un à droite avec un plateau brasseur qui servait au transport des tonneaux, et l'autre à gauche flambant neuf avec des bandages alvéolés.



Trois camions électriques Sovel type EC de 5 tonnes loués à la Save. A droite deux véhicules des Brasseries Hatt, avec une publicité pour la bière Tigre Bock. A gauche un camion de la Brasserie Schutzenberger qui commercialise la bière La Patrie.



Un camion électrique Sovel de la Brasserie Schutzenberger La Patrie immatriculé 3607 NV 1, chaussé de pneumatiques à l'avant. La lettre A accolée au numéro 21 correspond à la société Alsacienne qui louait ce camion. En effet afin de favoriser son extension la Sovel avait créée des filiales spécialisées dans la location qui étaient la Save ou Salve en Alsace et la Selve dans la région lyonnaise. Sur la porte de la cabine l'étoile des brasseurs entoure le nombre 1740. Remarquez la trompette repliée à l'avant gauche.


A gauche le même camion immatriculé 3607-NV1 dans la cour de la brasserie Schutzenberger à Strasbourg alors chaussé de pneus à bandage plein, photographié en 1930.

Dans une rue de Strasbourg en 1935, deux camions électriques Sovel type EC de 5 tonnes loués à la Save, désormais chaussés de pneumatiques. En tête un camion de la Brasserie Schutzenberger qui commercialise la bière La Patrie suivi d'un camion des Brasseries Hatt, avec une publicité pour la bière Tigre Bock.



Le système électrique Sovel



La charge des batteries des camions s'effectuait la nuit, lorsque les véhicules étaient à l'arrêt, de plus cela permettait de bénéficier de tarif privilégié. Les grandes sociétés possédaient des installations complètes pour assurer cette maintenance. Chaque élément du tableau de distribution comportait un ampéremètre qui permettait la charge d'un camion.



Une mannette crantée en dessous du volant, pilote un contrôleur situé sous le siège du conducteur, en modifiant l'intensité du courant.

Véhicules électriques construit par la SOVEL















Les entreprises de transport de boissons étaient nombreuses à apprécier les camions électriques Sovel, en dehors des brasseurs on trouvait aussi des transporteurs de vins comme ici les vins du Carillon à Lyon. Les 5 camions les plus à gauche sont des modèles B2 de 2,5 tonnes photographiés en janvier 1935. A l'extrême droite un EC de 5 tonnes.

















Sovel B5 électrique. Remarquez sous la plaque d’immatriculation le cache relevable donnant accès à la prise de recharge et les ridelles rabattables hautes à claire-voie assez peu habituelle en France car on leur reprochait leur fragilité et leur déformation.







Ce type de plateau dit aussi à la parisienne fut très répandu chez les transporteurs spécialisés dans la messagerie. Bien que les arceaux pour monter une bâche soient prévus elle était peu souvent utilisée. Sur l’arrière de la cabine de ce B5 figure l’insigne de la société de location, la SLEVE (Société Lyonnaise pour l’exploitation des Véhicules Electriques dans laquelle Sovel détenait une petite participation). Vetra et Stella les deux concurrents procédaient, eux aussi, à la location de véhicules électriques de leur marque. La SLEVE deviendra l’importante société Locamion après regroupement avec CGEA.